Dimanche 21 juin 2009 à 12:39

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Je viens de voir que je ne vous ai pas présenté ma dernière nouvelle, écrite pour le concours de "lutinerie". Je n'ai pas gagné mais j'ai été ravie de participer ! Voici donc l'histoire de Samain selon une légende Celte !

 
 
 
L'histoire que je vais vous raconter est immortelle. Elle a voyagé à travers les temps, survécu à ses auteurs pourtant morts depuis plusieurs siècles. Cette histoire, c'est celle d'Eithne, jeune fille Celte d'environ 12 ans. Avant que tout ne commence, elle était en fosterage chez son oncle et sa tante. Elle y apprenait la vie ainsi que ses 4 frères, comme il était de coutume chez ce peuple. Son père était un agriculteur, lui aussi fort occupé à éduquer les enfants des autres quand il n‘était pas aux champs. Quant à sa mère, elle avait quitté cette terre voilà quelques années. Eithne n’avait alors que 8 ans mais elle n’avait pas pleuré. Elle savait que les âmes des défunts s’envolaient vers un autre monde et que sa mère avait entrepris le voyage. Ils l’avaient alors enterrée avec son torque, quelques bibelots et la promesse de se revoir dans l’Autre Monde. Voilà comment était cette jeune fille. Simple et modeste, pleine de vie, de gaieté et d’espoir.
 
Puis, par un beau matin d’automne, son oncle l’envoya dans la forêt pour faire des provisions de bois en prévision de l’hiver. Eithne s’en alla donc par le chemin qui menait à la rivière. Elle adorait joindre l’utile à l’agréable et chaque fois qu’elle était de corvée de bois, elle s’arrangeait pour flâner en chemin. Ce jour là, elle prévoyait de ramasser quelques fleurs afin de les offrir à sa tante en remerciement pour le temps qu’elle passait à s’occuper de ses frères et d’elle-même et le chemin qui menait à la rivière en était justement rempli ! Comme il était bon de marcher en cet endroit ! On entendait les oiseaux, les cailloux crissaient à chaque pas et l’herbe se froissait au contact du vent. Au rythme de ses rêveries, elle arriva dans une clairière verdoyante parsemée de fleurs multicolores. Eithne entreprit un joli bouquet arc en ciel. Comme cette petite violette se marierait bien avec cette marguerite ! Voilà la composition florale commencée par ces deux simples fleurs. Tout en cueillant, elle continuait à avancer pour ne prendre aucun retard dans sa tâche. De temps en temps, entre deux fleurs, elle ramassait une belle bûche pour l’enfouir dans son sac de toile qui devenait de plus en plus lourd. Elle marcha ainsi jusqu’à la rivière. Au moment où elle allait faire demi-tour, elle aperçut tout un tapis de fleurs majestueuses qui faisait ombre à son bouquet. Ces merveilles feraient très plaisir à sa tante, pensa-t-elle alors. Mais il lui fallait traverser ! Que cela ne tienne, elle connaissait un moyen ! Après un violent orage, dans la saison précédente, le vent avait déraciné un arbre centenaire qui s’était étalé sur toute la largeur de la rivière, faisant un pont naturel. Eithne s’y rendit en courant. Elle sentait déjà le contact des merveilleuses fleurs dans sa main ! Elle grimpa sur le tronc et commença la traversée de la rivière à pas prudents, bras écartés pour contrebalancer. Elle était parvenue à mi chemin quand, surgi de nulle part, quelque chose de volant frôla la jeune fille si rapidement qu’elle ne vit pas ce que c’était. La créature revint et se posta à un mètre d’Eithne, en vol stationnaire, ce qui lui laissa le loisir d’observer cette étrange apparition. Cette chose ressemblait à s’y méprendre à un être humain mais minuscule et pourvu d’ailes. Elle - car c’était une femme - était entourée d’une sorte d’aura lumineuse qui procurait à qui l’observait une sensation de bonheur et de bien être intense. Eithne reconnut une fée, de ce peuple qui hantait les légendes Celtes et que si peu avaient pu approcher. La jeune fille tendit la main, tentant de toucher la créature ailée. Celle-ci se recula tandis qu’Eithne se rapprochait d’avantage, oubliant dangereusement qu’elle se trouvait sur un tronc d’arbre au milieu de la rivière. Et ce qui devait arriver arriva, elle tomba à l’eau.
 
Les flots en furie la secouèrent de toute part. Eithne se débattait pour atteindre la surface, mais la violence du courant et le poids de son sac de toile plein de bois l’entraînait vers le fond. Plus elle se débattait, plus elle se sentait étouffer, l’air venant à manquer dans ses poumons. Elle allait se laisser mourir lorsqu’une force coupa les lanières du sac de toile et la ramena à la surface. Eithne ouvrit les yeux, assommée par son long séjour sous l’eau. La rivière l’emportait toujours mais la force qui l’avait sauvée était toujours là, lui maintenant la tête hors de l’eau. La jeune fille leva les yeux est aperçut la même petite fée qu’elle avait essayé d’attraper la maintenant par magie. Elle tenta de lui dire merci mais ne réussit qu’à émettre un faible gémissement. Puis, aussi rapidement qu’elle était arrivée, la fée s’évanouit dans la nature, abandonnant Eithne à son sort. Affaiblie et prise au dépourvu, le jeune fille coula à nouveau. Mais sans le poids du sac, il lui fut un peu plus facile de se maintenir à la surface. Cependant, elle était plus souvent sous l’eau qu’à l’air libre, ce qui ne lui permettait pas aisément de remplir ses poumons. Elle allait à nouveau sombrer lorsqu’un objet lourd lui cogna la tête. Instinctivement, elle s’y accrocha et remonta à la surface. C’était un large tronc d’arbre creux aux allures de barque naturelle auquel elle s’accrochait désespérément. Rassemblant ses dernières forces, elle se propulsa dans son embarcation de fortune. Eithne s’écroula, épuisée, au fond du tronc. Frissonnante, elle respira un grand coup, tâchant de retrouver ses esprits. Elle ne se sentait pas sauvée pour autant car elle savait fort bien où menait cette rivière. C’était une monumentale cascade qui l’attendait au bout du chemin, hérissée de rochers tranchants. La jeune fille s’apprêtait donc à mourir, seule dans son tronc. Elle pensa à sa mère qu’elle allait bientôt rejoindre. Les portes du royaume des morts lui seraient ouvertes au bout de cette rivière. Malgré sa mort prochaine, la jeune fille n’avait pas peur. Elle pensait juste à son oncle et sa tante qui se feraient du soucis et qui n’auraient pas de bois. Elle pensait à ses frères qui lui manqueraient quand elle serait dans cet ailleurs, où ils finiraient par la rejoindre mais bien plus tard. Les chutes se rapprochaient, trop tard pour tenter quoi que ce soit. Elle inspira un grand coup et sa barque franchit le point de non retour.
 
Eithne ferma les yeux, s’attendant à se sentir chuter à chaque secondes. Au lieu de cela, elle eut plutôt l’impression que le tronc avait arrêté sa course, bien que le bruit de l’eau dévalant le précipice fut toujours fortement perceptible. Elle ouvrit les yeux, s’attendant à être bloquée par des racines salvatrices, mais la réalité était bien plus étonnante. Elle dérivait à présent sur une rivière aux eaux paisibles, entourée d’un épais brouillard. Sur les rives, elle distinguait à peine la forme des arbres. La lumière du soleil, étouffée par ce lourd nuage, diffusait une lumière bleuâtre, mystique. Derrière elle, le pied de la cascade qu’elle aurait dû dévaler continuait de cracher ses amas d’eau bruyamment. C’est alors qu’Eithne aperçut des barques formant des ombres chinoises dans le brouillard. Malgré le courant contraire, elles remontaient vers la jeune fille, lentement et sans aucun bruit. Les premières embarcations passèrent près d’Eithne, remplies de personnes aux visages fermés, qui ne lui adressèrent pas même un coup d’œil. Elles étaient figés telles des statues de pierre. En regardant devant elle, la jeune fille vit un unique point lumineux s’approcher parmi les embarcations. Cette lumière d’un jaune rassurant provenait d’une lanterne ronde accrochée au bout d’un mât. La barque qu’elle guidait dérivait toujours vers Eithne, lentement, au rythme des autres embarcations plongées dans la pénombre. Puis la coque du petit bateau cogna contre le tronc de la jeune fille et il s’arrêta. Un silence encore plus pesant s’installa, puis une voix cristalline et légère, amplifiée par un écho mystique, s’exprima :
 
- Eithne, tu es entrée dans le monde des morts. Vois tu toutes ces âmes qui viennent à ta rencontre ?
 
Eithne se figea.
 
- Suis-je morte ?
 
Une forme vague bougea dans l’embarcation.
 
- Tu es entrée dans le monde des morts en tant que vivante. Nous t’avons appelée…
 
- Mais pourquoi ?
 
- Tu dois prévenir ton peuple d’une menace et d‘un événement important. Un objet a été égaré dans ton monde, empêchant la porte entre nos deux mondes de se refermer. Les voyages spirituels s’effectuent désormais dans les deux sens, ce qui n’est pas naturel.
 
- Les morts reviennent chez les vivants ?
 
- Oui, c’est cela. Mais toutes les âmes ne sont pas bienveillantes ! Il a des démons parmi nous, qui n’auront qu’une envie, tuer ton peuple et les emmener dans notre monde prématurément. Ce n’est pas ce que la nature avait prévu.
 
- Que dois je faire ?
 
- Préviens ton peuple qu’ils devront instaurer une tradition pour se préserver. Grâce aux pouvoirs de ce monde, nous parviendrons à maintenir les portes fermées mais une fois l’an, elles s’ouvriront pour laisser passer les esprits. Dis à ton peuple de célébrer durant les 3 prochains jours la fin de l’année, celle qui commence et d’honorer les défunts, et cela chaque année à la même époque. Déguisez vous pour empêcher les esprits malins de vous emporter et placez des lanternes sur vos fenêtres pour guider les bonnes âmes. Car toutes reviendront pour la réunion des deux mondes.
 
Eithne hocha la tête en guise de réponse.
 
- Quel est cet objet ? Peut être puis je vous aider à le retrouver ?
 
La forme se figea.
 
-Ta générosité t’honore Eithne mais ce n’est pas ton destin de retrouver cet objet égaré. Ton but reste de prévenir ton peuple. Maintenant, va !
 
Le bateau repartit, lentement, dans la direction opposée.
 
- Attendez ! Comment puis je vous contacter ?
 
- Le monde des esprits est accessible aux vivants au fil des voyages sur l’eau. Garde ton cœur pur, Eithne, pour toujours …
 
La jeune fille sursauta. Cette dernière phrase … Non, ce n’était pas possible …
 
«  Garde ton cœur pur, pour toujours … », une phrase que sa mère lui disait souvent, la dernière phrase qu’elle prononça à son intension sur son lit de mort. Cette entité…
 
Eithne se redressa brusquement, manquant de faire chavirer le tronc.
 
- Mère ???
 
Dans la barque qui continuait à avancer, la lumière augmenta. L’entité se retourna et pour la première fois depuis l’entretien, Eithne découvrit son visage. Un visage rayonnant de bonté, au sourire plein de grâce et de paix. La jeune fille, émue, reconnut sa mère en cette apparition.
 
- Mère ! Ne me laissez pas encore, revenez !
 
Sans cesser de sourire, l’entité se détourna et la lumière disparut subitement.
 
Eithne se retrouva alors sur la rive de la rivière, toujours dans son tronc. La forte luminosité du soleil lui fit mal aux yeux. Elle observa les alentours, inédite. Comment avait elle fait pour passer de la rivière du monde des morts à la rivière des vivants en un clignement de paupière, sans même s’en rendre compte ?
 
Elle sauta hors de sa barque naturelle et s’engouffra dans la forêt. Elle courut aussi vite que ses jambes fatiguées le lui permettaient, des milliards de questions lui traversant la tête.
 
L’oncle d’Eithne fut bien intrigué et contrarié de voir arriver sa nièce trempée, sale et sans bois pour la réserve. Il s’apprêtait à la rouspéter lorsqu’elle se planta devant lui, essoufflée, les mains sur les genoux, mais elle prit la parole :
 
- Mon oncle, il est arrivé quelque chose d’incroyable ! Je suis entrée dans le monde des morts et je suis leur messagère. Il faut réunir les anciens pour un conseil, j’ai beaucoup de choses à dire.
 
C’est dans une clairière au cœur de la forêt qu’Eithne livra son étrange récit. Personne ne remit sa parole en doute et ainsi fut décidée l’instauration de la fête de Samain dans le calendrier Celte.
 
Le temps a bien passé depuis ce jour où Eithne entra dans l’Autre Monde, le monde des Dieux, des Morts et de toutes les créatures magiques. La tradition perdura mais jamais ne fut retrouvé le fameux objet inconnu qui maintenait le passage spirituel ouvert 3 jours dans l’année. De nos jours, ce passage existe toujours, peut être aurez vous l’occasion de l’emprunter au fil de vos voyages sur l’eau ! La fête de Samain est encore présente dans notre culture, bien que largement modifiée. Seulement, nous préférons l’appeler Halloween désormais…


Eirenya
 
 
 

Mardi 14 avril 2009 à 23:40

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Loraine Allison se réveilla en sursaut. Chassant les lambeaux de ses rêves, elle se frotta les yeux en baillant. Qu’il était pénible d’être la sœur d’un garçon de 11 mois. Des pas précipités retentirent dans la chambre du petit Trevor. Quelqu’un allait enfin faire cesser ses braillements stridents.  Loraine reconnu la voix d’Alice Cleaver, la nurse que ses parents avaient engagée pour le voyage de retour. Oh mon Dieu, le voyage ! A la pensée de l’aventure qui se dessinait devant elle, Loraine se leva et couru à la rencontre d’Alice.
- Alice ! C’est bien aujourd’hui que nous quittons l’Angleterre, n’est-ce pas ?
- Oui, mademoiselle. Regardez, votre petit frère semble très impatient.
Elle avait dit cela sans sourire, serrant nerveusement le bébé dans ses bras comme si elle craignait qu’il ne tombe. Loraine sourit et sauta sur place en battant des mains.
- Un peu de tenue, mademoiselle Loraine ! Ne vous comportez pas comme un singe en cage, votre mère n’apprécierait pas !
Elle reposa le bébé calmé dans son berceau et lui tendit un hochet.
- Venez, mademoiselle, nous allons nous habiller pour le voyage.
Elle prit la main de Loraine et l’entraina dans sa chambre.

Dans le salon, Hudson et Bess Allison, les parents, achevaient les préparatifs.
- Hudson, mon cher, avez-vous bien réglé le départ de nos chevaux et de nos meubles ? Je ne voudrais pas avoir payé pour ne jamais recevoir nos affaires !
- Oui, tout cela est fait, nous pouvons partir tranquillement !
Il se plongea dans un tas de papier. Les Allison avaient voyagé du Canada jusqu’en Angleterre afin que Hudson, agent de Change de son métier, participe au conseil d’administration de la British Lumber Corporation. Le couple, leur fille de 3 ans, Loraine et leur fils de 11 mois, Trevor, en avaient profité pour faire les quelques achats qui inquiétaient à présent Bess. Ils avaient également engagé des domestiques pour leur deux résidences, un chauffeur, une cuisinière, une gouvernante pour Bess et une nurse. Leur séjour touchait désormais à sa fin et il était temps de partir.
- Avez-vous contacté nos amis pour que l’on se retrouve sur le quai ?
- Oui, très chère ! Cessez de vous inquiéter, nous nous retrouverons. Après tout, nous allons voyager sur le même navire !
Bess se détendit. Son mari avait raison. Même si le navire était de proportions gigantesques, il y avait maints endroits où il finiraient par se croiser !
- Je vais voir si Alice a réveillé les enfants !
Hudson soupira. Sa femme était toujours nerveuse avant de voyager.

- Mère, quand partons nous ?
Bess enfila ses gants et ajusta son chapeau avec l’aide de Sarah Daniels, sa gouvernante.
- Tout de suite, chérie. Ne soyez pas impatience, ce n’est pas digne de notre rang.
Examinant la tenue de sa fille, elle se tourna vers la nurse.
- Alice, veuillez arranger la tenue de Loraine, s’il vous plait ! Voyez les plis de sa robe ! Je ne vous ai pas engagée pour que ma fille ressemble à une paysanne !
Alice s’exécuta en s’excusant. La pauvre nurse était si nerveuse qu’elle ne parvenait pas à faire son travail convenablement. Tout cela venait d’un mauvais pressentiment qui la torturait à propos de la traversée. Elle ne faisait absolument pas confiance en ce nouveau navire que tout le monde disait insubmersible. Cet affront envers leur Seigneur serait sévèrement puni, elle le sentait au plus profond d’elle-même.
Toute la famille monta en voiture. Les domestiques montèrent dans une seconde prévue au transport des bagages et le cortège démarra. Loraine observait rêveusement les paysages Britanniques défiler par la fenêtre. Le ciel était d’un bleu intense, traversé par moments par de petits nuages blancs qu’elle s’amusa à donner vie.
- Regardez Trevor ! Un papillon, là, dans le ciel !
L’enfant regarda curieusement par la fenêtre et rit.
- Loraine, laissez Trevor dormir ! Le voyage va être long, nous sommes à environ une heure et demi de Southampton !
La fillette se tourna vers la fenêtre.

Le port était noir de monde. Loraine avait peur de tous ces visages inconnus, elle s’agrippa à la robe d’Alice qui poussait le landau de Trevor. Devant ses yeux d’enfant se tenait un monstre de fer, le plus gros bateau qu’elle n’avait jamais vu. Il était rattaché à la terre par d’énormes cordes et par des passerelles où elle distinguait les gens, minuscules, qui s’engouffrait dans le corps du navire. Trois passerelles exactement. Par l’une, elle vit des gens habillés pauvrement, des valises à la main. Au pied du passage, des membres de l’équipage regardait avec un peigne l’intérieur de leurs cheveux et barbes.
Sur une autre passerelle, des gens bien mieux vêtus avançaient mais il n’avaient pas l’éclat des passagers de la troisième passerelle qui semblaient parader pour un défilé de haute couture. Que de magnifiques chapeaux, bijoux, robes qui rivalisaient de splendeur. C’est par cette passerelle que Loraine et sa famille pénétrèrent dans le navire.
Leur suite était majestueuse, à l’image du bateau. Loraine occupait la cabine C22 avec Sarah Daniels, la gouvernante de sa mère. Trevor partageait sa cabine avec Alice, la C24 et ses parents , la cabine C26. Loraine couru dans la cabine de son frère pou regarder par le hublot en compagnie de celui-ci et d’une Alice de plus en plus nerveuse. Les gens étaient si petits vu d’ici ! On aurait dit des fourmis ! Toute une colonie de fourmis avec des chapeaux sur la tête ! Alice, qui se sentait mal, proposa d’aller sur le pont. Avec la permission de Bess qui préférait rester afin de se reposer du voyage, elle déposa Trevor dans son berceau et prit la main de Loraine. Elles marchèrent jusqu’au grand escalier et Alice poussa un soupir de soulagement quand elle aperçut les 3 ascenseurs dont était équipé le bateau. Du pont C, elles passèrent directement au pont A, le pont promenade. Il y avait énormément de passagers, foulards en main, qui saluaient la  foule tassée en bas. Loraine s’approcha de la balustrade, profitant d’un espace entre deux gens.
- Alice, comment s’appelle ce merveilleux bateau ?
- Le Titanic, mademoiselle Loraine. Ne vous approchez pas trop du bord !
- Je retiendrai ce nom pour toujours me rappeler du merveilleux voyage que nous allons faire !
Loraine posa une main sur la balustrade. Elle sortit de sa poche un petit mouchoir en dentèle.
- Puis je aussi dire au revoir aux gens ?
- Mais nous ne connaissons personne, mademoiselle.
- Ce n’est pas grave, c’est amusant !
Alice soupira.
- Soit, amusez vous, mais ne tombez pas !
Loraine secoua agilement son mouchoir blanc en signe d’adieu à cette terre qu’elle quittait. La masse humaine, à ses pieds, semblait lui réponde en chœur. Elle sourit.
La sirène du Titanic gronda. La fillette sentit le sol vibrer sous ses pieds. Lentement, les gens pourtant immobiles, défilèrent puis s’éloignèrent. Le port s’éloigna et l’Angleterre se fondit avec la mer. Le voyage commençait enfin. Les gens sur le pont se dispersèrent. Alice pria Loraine de venir près d’elle, tandis qu’elle promenait Trevor. La fillette était émerveillée par le vent dans ses cheveux, par la mer qui se fendait en deux devant le bateau, par les dauphins qu’elle apercevait, sautant, au loin. Elle leva les yeux et sourit en voyant qu’une nuée de mouettes les accompagnait. Comme Loraine avançait les yeux levés, elle ne vit pas le jeune garçon qui venait vers elle, sans la voir non plus, et tous deux se tamponnèrent. Alice agrippa la fillette.
- Veuillez excuser cette jeune fille, madame. Je suis responsable de cet accident.
La dame à qui elle s’adressait sourit.
- Ce n’est rien. Cette jeune demoiselle parait avoir le même âge que mon fils. Cela vous embêterait il qu’il s’amusent ensemble durant la traversée ? Je suis ennuyée, je ne sais pas comment l’occuper pendant que nous serons à table.
- Cela ne me dérange guère, madame.
- J’ai ouï dire qu’il y a un café veranda près du fumoir des premières classes. Ce serait un endroit parfait, ne trouvez vous pas ?
- Oui, madame. Un excellent endroit.
- Parfait ! Je suis Madame Dodge et voici mon fils, Washington.
- Mes maîtres sont M. et Mme Allison et voici Mademoiselle Loraine et Monsieur Trevor.
- Enchantée ! A plus tard, alors ! Bonne promenade !
Alice et Madame Dodge reprirent leur route, chacune de leur côté.
Au déjeuner, Loraine mangea au restaurant Français «  A la Carte » en compagnie de ses parents. Puis, tandis que Hudson allait se détendre en compagnie des hommes au salon fumoir  et que Bess se reposait à leur cabine, Loraine s’amusa avec le petit Washington.
Vers 18h40, le Titanic fit une escale à Cherbourg puis une autre escale à Queenstown à 20h10, ce qui permit à Loraine d’observer les nouveaux venus et de dire adieu à deux autres terres.
Au dîner, ses parents mangèrent dans le salon des premières classes en compagnie de leurs amis.
3 jours passèrent ainsi, au gré des ballades sur le pont et des visites des pièces inimaginables que contenait ce bateau. Elle nagea dans la piscine d’eau de mer chauffée, Alice la surveillant du bord, Trevor dans ses bras. Son père lui parla du cours de squash et des bains turcs. Il l’emmena même faire du cheval mécanique dans le gymnase du pont A. Le temps restait clair et beau, mais les nuits étaient fraiches. Rien de plus normal pour un mois d’Avril. Alice, quant à elle, paressait de plus en plus nerveuse. Elle ne cessait de commettre des erreurs d’inattention avec les enfants qui poussèrent Bess Allison à la houspiller et à la reprendre plus d’une fois. Elle se réveillait souvent la nuit pour guetter le bruit des machines afin de vérifier que tout allait bien à bord. Mais même après constat que rien d’inhabituel n’était venu perturber la routine, elle ne s’endormait que d’une oreille.

Le dimanche 14 Avril, le Capitaine Smith donna un office religieux. Tous les passagers de première classe s’y rendirent, ainsi que la famille Allison. Loraine fut impressionnée par ce grand monsieur à la barbe et aux cheveux tout blancs, comme la neige, qui chantait d’une voix de ténor. Puis tout le monde vaqua à ses occupations. Loraine retrouva Washington sur le pont A où ils jouèrent sous la surveillance d’Alice et de M. et Mme Dodge qui se reposaient dans des transats. Puis le froid se fit un peu plus virulent et les plus frileux rentrèrent se mettre au chaud. La soirée se passa sans encombres. Hudson et Bess mangèrent en bonne compagnie dans le salon des Premières. Bess, qui connaissait la curiosité de sa fille, décida de lui montrer la salle à manger tellement l’endroit lui semblait joli. C’est une Loraine émerveillée qui salua les gens les plus illustres du bateau. Puis Alice vint la chercher et elle se coucha. A dix heures, toute la famille dormait.
Ce fut au tour de Sarah Daniels de s’inquiéter. Il était dans les 11h50 et toutes les machines du paquebot étaient arrêtées. Elle tendit l’oreille mais n’entendit rien de plus. Enfilant doucement sa robe de chambre pour ne pas réveiller Loraine qui dormait près d‘elle, elle marcha sur la pointe des pieds jusqu’à la porte. Elle frappa à celle de ses maîtres.
- Monsieur Allison, je crois qu’il y a un problème !
Il y eu un bruit puis la porte s’entrouvrit.
- Mademoiselle Daniels, ne vous inquiétez pas, je suis sûr qu’il n’y a rien. Sinon, l’équipage nous aurait déjà prévenu !
- Mais Monsieur, je n’entend plus les…
- Ecoutez, ce navire est insubmersible ! Il ne peut pas couler ! Nous sommes totalement en sécurité, ici ! Allez vous recoucher !
La porte se referma. Sarah Daniels réfléchit. Elle était persuadée qu’il y avait un soucis. Son instinct l’avertissait d’un danger immédiat. Elle regagna sa chambre et s’habilla puis retourna frapper chez ses maîtres.
- Monsieur Allison ! Je monte voir ce qu’il se passe. Je suis persuadée qu’il y a quelque chose qui ne va pas.
La porte se rouvrit devant un Hudson énervé.
- Ecoutez, il suffit ! Vous faites un terrible remue ménage ! Vous allez réveiller les enfants et inquiéter ma femme pour rien !
Sarah lui empoigna le bras.
- Je vous en conjure, monsieur !
Hudson se dégagea brutalement.
- J’ai dit non ! Maintenant, allez vous recoucher !
Il referma la porte. Sarah retourna dans sa cabine et revêtit son manteau. Alice passa la tête par la porte de la sienne.
- Mademoiselle Daniels ? Que se passe t’il ?
Sarah sortit dans le couloir de la suite et dévisagea gravement Alice.
- Il s’est passé quelque chose. Je suis sûre que c’est grave. Je vais voir.
Elle attendit une réaction de la part de la nurse mais celle-ci semblait ne pas savoir sur quel pied danser. Elle referma son manteau sur elle et sortit.

En se précipitant dans le couloir, Sarah se heurta à un steward. Il l’aida à la hâte à passer un gilet de sauvetage.
- Mais enfin, monsieur, que ce passe t’il donc ?
Il attacha solidement le gilet de sauvetage.
- Nous avons heurté un iceberg, mademoiselle. Mais ce n’est rien, soyez rassurée.
- Mais alors, pourquoi ces gilets de sauvetage ?
- Pour l’exercice de sécurité. Nous mettons les passagers dans les canots, vous devez monter sur le pont des embarcations.
- Oh mon Dieu ! Il faut que j’aille prévenir mes maîtres !
- Ne vous en faites pas mademoiselle, j’y vais de ce pas. Montez vite !
Le steward repartit aussi rapidement qu’il était apparu. Sarah resta un moment perplexe. Ainsi, elle n’avait pas rêvé, il y avait bien eu un accident. Reprenant ses esprits, elle monta sur le pont des embarcations. Elle y avait à peine posé le pied qu’un officier lui saisit le bras.
- Permettez moi de vous conduire à votre canot, mademoiselle.
Sans attendre la réponse, il avança parmi les passagers, trainant Sarah derrière lui. Elle tenta de se dégager.
- Je dois aller prévenir mes maitres, je ne peux pas partir comme une voleuse !
Tout en continuant d’avancer, l’officier répondit :
- Nos stewards s’en charge, ne paniquez pas !
Ils s’arrêtèrent devant le canot n°8.
- Et puis, ce n’est qu’une mesure de précaution. Je vous assure que nous nous occuperont de vos employeurs et que vous reviendrez très vite sur le Titanic.
Rassurée, Sarah accepta la main du matelot qui l’aida à monter à bord de l’embarcation.

Dans sa cabine, Hudson fut à nouveau réveillé par des bruits de pas dans le couloir. Il se redressa et tendit l’oreille. Il y avait comme une agitation devant sa porte. Enfilant son manteau par-dessus son pyjama, il sortit. Voyant des gens en tenue de nuit, comme lui, grimper à la hâte vers les ponts supérieurs, il décida de les suivre et d’aller aux nouvelles.
Pendant ce temps, Bess cherchait une tenue chaude pour s’habiller. Mais elle était si nerveuse qu’elle se révéla incapable à l’enfiler seule.
- Mademoiselle Daniels ?? Mademoiselle Daniels ???
Personne.
- Sarah ?? S’il vous plaît, pouvez vous venir m’aider ???
La panique se faisait entendre dans sa voix tandis qu’elle appelait en vain sa gouvernante. Plus elle tentait de parler, plus elle était aigüe. Elle se mit à trembler et à claquer des dents.
- Suis-je donc seule dans cette suite ?
Elle s’effondra sur le lit.
- Mon Dieu, comment vais-je faire avec les enfants s’il y a danger ! Sarah, s’il vous plait !
La porte s’ouvrit et Alice apparut. Bess poussa un soupir de soulagement.
- Mademoiselle Cleaver, Dieu merci vous êtes là ! Savez-vous où est mademoiselle Daniels ?
- Elle est sortie vérifier ce qu’il se passe. Puis je vous aider ?
- Oui, veuillez m’aider à enfiler ma tenue s’il vous plait. Ensuite, nous irons réveiller les enfants.
Tandis qu’Alice finissait d’habiller Bess, un steward frappa à la porte.
- Qu’est-ce que c’est ? Hurla presque Bess de sa voix suraigüe.
- Votre steward madame.
Il ouvrit la porte.
- Veuillez m’excuser. Vous devez monter immédiatement sur le pont des embarcations vêtues les plus chaudement possible, ordre du capitaine. Désirez vous que je vous aide à enfiler les gilets de sauvetage ?
Bess se mit à rire et pleurer hystériquement tandis que le steward lui passait son gilet. Il aida de même Alice et Loraine que l’on avait finalement réveillé. Une fois seules, Bess s’écria, totalement paniquée, qu’elle ne partirait pas de la cabine tant que son mari ne serait pas revenu. Alice, qui n’en menait pas large, tenta de la calmer mais sa maitresse était si hystérique que ça ne faisait que l’énerver d’avantage. Elle réfléchit alors aux possibilités qui s’offraient à elle. Soit elle restait et prenait le risque mourir, soit elle partait avec Trevor et tentait de sauver leurs vies. Elle choisit la seconde option. Sans laisser le temps à Bess de réagir, elle s’empara du bébé, l’enroula dans une couverture et se précipita dehors.
Elle suivit alors les gens qui montaient et croisa Hudson Allison, totalement égaré, qui regagnait la suite, sans qu’aucun des deux ne se remarquent. Alice fonça sur le pont des embarcations et chercha des yeux le canot le plus proche.  Elle se décida pour le n°11 et s’approcha, Trevor blotti contre elle.
Voyant qu’elle n’arriverait pas à embarquer avec un bébé dans les bras, le steward William Faulkner lui proposa son aide. Alice le dévisagea, méfiante, et lui confia l’enfant. Elle monta à bord du canot, bientôt suivie par le steward qui lui rendit Trevor. Lorsqu’il commencèrent à descendre, Alice remarqua qu’elle était dans la même embarcation que la cuisinière que les Allison venaient juste d’engager. Mais aucune trace de Sarah Daniels qu’elle chercha des yeux tout de même.

Hudson fracassa presque la porte de la suite quand il entra.
- Bess, habillez les enfants, il faut monter immédiatement.
Pas de réponse.
- Beth ? Chérie ?
Il ouvrit la porte de leur cabine. Personne. Toutes les cabines de la suite étaient vides. Ils avaient dû se croiser sans se voir dans les couloirs ! Il se précipita à l’extérieur, murmurant des prières afin de retrouver sa femme.

Bess agrippait la main de Loraine. La fillette ne comprenait pas pourquoi on l’avait forcé à s’habiller et à sortir en pleine nuit dans le froid des ponts supérieurs. Il y avait un remue ménage sans nom. Les gens se bousculaient pour monter dans les canots. Le bateau penchait étrangement de l‘avant. Loraine l’avait déjà fait remarquer à sa mère quand elles avaient monté les escaliers. Elle n’y avait pas prêté attention, criant à qui voulait l’entendre qu’elle cherchait son mari et son fils. Maintenant qu’elles étaient sur le pont des embarcations, l’hystérie de sa mère n’allait pas en s’arrangeant. Elle se sentit découragée par les montagnes de têtes. Laquelle était celle de Hudson ? Avait t’il retrouvé Alice et Trevor en chemin ?
Un officier s’approcha d’elle.
- Puis je vous aider à monter dans un canot, madame ?
Elle regarda l’officier sans le voir et réplica :
- Mon mari … Je cherche mon mari … Et mon bébé … Vous ne les auriez pas vu ?
- Non madame, mais il doit très certainement être déjà dans une embarcation ! Veuillez me suivre s’il vous plait !
L’air hagard, Bess se décida à le suivre. Avec l’aide d’un matelot, elle monta à bord du canot, suivie de près pas Loraine. L’officier lui avait bien dit que son mari ne risquait rien ! Mais son fils ! Comment savoir si Trevor s’était enfuit ou non du bateau ? Alice aurait très bien pu être allée aux nouvelles pour retourner à la suite ensuite … et la trouver vide !
- Oh mon Dieu ! Murmura Bess. Il faut que je sorte de ce canot tout de suite !
Malgré les protestations et les tentatives pour la retenir, Bess descendit et s’empara de Loraine. Elles coururent à travers le pont, descendirent au pont C, jusqu’à leur suite, ouvrirent la porte pour ne trouver personne. Bess s’effondra à bout de nerfs sur le sol. Mais où étaient ils ? Que faire ? Puis, dans un brusque élan de lucidité, elle se rappela qu’elle avait avec elle une enfant de 3 ans et que ce n’était pas le moment de se laisser aller aux larmes. Elle embrassa Loraine, la serra dans ses bras et dit :
- Nous allons chercher votre père et votre frère et nous partirons dans un canot.

Hudson désespérait de retrouver sa femme et ses enfants. Le pont penchait de plus en plus, il ne tiendrait bientôt plus debout dessus. Il avait fait la ronde de tous les canots encore amarrés afin de trouver un visage familier pour se rassurer. Mais rien. Plus le temps passait, plus le calme qu’il s’était promis de garder en gentleman faisait place à une inquiétude sans fond. Si, au moins, il savait que sa famille était en sécurité, il pourrait mourir en paix. Car il avait bien compris que la situation était désespérée et qu’une bonne partie des gens présents allaient mourir dans les eaux glacées de l’atlantique. En désespoir de cause, il erra vers le gymnase. C’est à cet instant qu’il vit Bess et Loraine sortir de l’entrée des Premières Classes. Il courut à leur rencontre.
Bess enroula ses mains autour du cou de son mari. Loraine se blottit contre eux. Enfin, il avait retrouvé une partie de sa famille.
- Bess, où est Trevor ? Dit il après avoir embrassé sa fille.
- Je ne sais pas ! Alice l’a emmené, j’espérais que vous l’auriez rencontrée !
Hudson saisit la main de sa femme et de sa fille.
- Je vous emmène à un canot, vite !
Bess se dégagea.
- Il en est hors de question, je ne veux pas avoir à me demander où vous êtes et si vous avez retrouvé notre fils. Je viens avec vous !
- Et Loraine ?
Bess se figea. Elle n’ignorait pas le danger mais était elle prête à le faire courir à sa propre enfant ?
- Nous chercherons un canot dès que nous aurons retrouvé Trevor !
Hudson la fixa, hésitant.
- Enfin, Hudson, nous ne pouvons pas abandonner notre fille, seule dans un canot !
Il acquiesça.
- Bien, ne perdons pas de temps, allons y !

Ils reprirent leur course à travers le navire, criant le nom de leur fils et de leur nurse dans la foule de plus en plus dense. Le pont était si penché à présent qu’ils avaient du mal à tenir debout. Les gens se massaient vers l’arrière. Hudson remarqua des officiers affairés au dessus d’eux à dégager un canot pliable. Il fut rassuré de voir qu’il en restait encore. Ils avancèrent toujours plus vers l’arrière, dévisageant chaque personne. A présent, les 3 classes étaient réunies, même s’il y avait très peu de Troisième Classe. Les pauvres côtoyaient les riches dans leur lutte pour la vie. A ce jeu, ils étaient à armes égales.
Une fusée blanche les fit sursauter. Quelqu’un hurla qu’il n’y en avait plus et qu’ils devraient trouver un autre moyen de communiquer. Hudson dressa l’oreille. Communiquer avec qui ? Il y avait donc, quelque part à proximité, dans l’immensité de la nuit, un bateau qui pourrait leur porter secours ? Cette pensée le réconforta. Tout n’était peut être pas perdu. Cependant, il fallait vite retrouver leur fils, le temps pressait. Ils reprirent leur course. Le plancher ne leur permettait plus de tenir debout. Il décidèrent de regagner tant bien que mal le pont C du côté des Troisièmes Classes : leur pont promenade. Ils s’installèrent sur la cloison du bâtiment désormais quasiment horizontale. Hudson regarda autour de lui. Sa femme pleurait et Loraine regardait les étoiles. Une grande partie des gens avaient atteint le pont B où se trouvait la poupe. Les canots étaient tous partis. Ils avaient échoués à retrouver Trevor et il était trop tard pour sauver Loraine. Les secours ne viendraient plus, ils allaient tous mourir. Soudain, Bess hurla. Il y avait à l’intérieur du navire, un bruit inhumain, monstrueux. Tous les meubles, toute la vaisselle, tous les bibelots du Titanic étaient en train de se fracasser dans un vacarme assourdissant. Loraine s’accrocha à sa mère, apeurée. Puis le bruit cessa et un craquement sonore se fit entendre. Le bateau se rompit en deux, basculant la partie arrière à l’horizontale. La famille Allison tomba lourdement au sol. Tout autour, ce n’était qu’hurlements et gens qui tombaient. La poupe, après avoir heurté violemment la mer, se redressa lentement. Les Allison se relevèrent. Ce qui restait du paquebot était parfaitement à la verticale, la poupe levée vers le ciel.
Loraine posa un regard apeuré sur ses parents. Depuis le début de la soirée, il s’était passé des événements qu’une fillette de 3 ans ne pouvaient comprendre. Maintenant qu’elle voyait sa mère en larme, son père si stoïque, ces inconnus qui paniquaient et hurlaient, elle savait qu’il se passait quelque chose d’important, quelque chose de dangereux. Mais Est-ce qu’une petite fille de 3 ans peut s’imaginer qu’elle va mourir ? Peut elle reprocher à ses parents de ne pas avoir tenté de la sauver ? Non, Loraine ne voyait que la peur des autres, et elle sentait la sienne grandir pour un danger qui lui était totalement inconnu. Pour se donner du courage, elle observa le ciel. Une étoile filante passa.
La poupe, après avoir flotté quelques minutes, se remit à couler lentement. Les Allison s’assirent par terre et se resserrèrent. Hudson se mit à prier, aussitôt suivi par Bess. Loraine regardait toujours le ciel. Encore une étoile filante. Des cris, toujours des cris… Un corps tomba près d’eux. Mais Loraine n’avait d’yeux que pour le ciel étoilé. Les clapotis de l’eau s’approchèrent, la poupe coulait de plus en plus rapidement. Encore une étoile filante. Les cris devinrent hurlements de douleur. Qu’elle avait froid tout d’un coup ! Puis Loraine réalisa que c’était elle qui hurlait de douleur. La mer les avait rejoint et poignardait à présent chaque parcelle de son petit corps. Elle sentit l’eau la soulever violemment puis les mains de ses parents lâchèrent les siennes et ce fut le noir total. Le noir et le froid. Loraine, Bess et Hudson ne revirent jamais le ciel étoilé.

Tous les personnages de cette histoire ont réellement existé. Les faits cités sont en majoritairement vrai. J’ai cependant dû légèrement étoffer l’histoire mais les faits essentiels sont véridiques. Bess et Hudson Allison perdirent réellement la vie lors du naufrage du Titanic, entraînant avec eux, leur fillette de 3 ans, Loraine, alors qu’ils tentaient de retrouver leur fils Trevor, enlevé par leur nurse. Loraine Allison fut la seule enfant de Première Classe à mourir dans le naufrage.
Quand à Sarah Daniels, elle survécut, rescapée du canot n°8. Tout comme Alice Cleaver et Trevor. Alice Cleaver fut traitée en Héroïne par la presse Américaine mais la famille de Bess et Hudson Allison considérèrent que ses employeurs et Loraine ne seraient pas morts si elle était resté à son poste avec Trevor. L’enfant fut confié à son oncle et sa tante. Il mourut en 1929, à 18 ans, des suites d’une intoxication alimentaire.

Aujourd’hui, cela fait 97 ans jour pour jour, heure exacte, que le Titanic a heurté un iceberg... Il coula le 15 Avril à 02h20, tuant 1500 personnes.
Souvenons nous …



http://eire.cowblog.fr/images/allisonb2h.jpgBess, Loraine et Trevor Allison.

Mardi 31 mars 2009 à 18:14

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C'était un soir d'été, dans une prairie. Je m'étais allongée sous un arbre, dans l'herbe fraiche et haute, qui me cachait du regard du commun des mortels. L'air était tiède, la brise effleurait ma peau, faisant voleter ma robe légère. Je regardais le ciel rougeoyant dans lequel les bébés nuages évoluaient. La lune et les étoiles apparaissaient, minuscules tâches translucides dans ce ciel de feu. Au loin, les reliefs des collines et des arbres semblaient peints à l'encre de Chine. A l'opposé du soleil qui se couchait, une mer d'un bleu intense avançait son grand manteau, prête à nous englober et à révéler les secrets de l'univers. J'aurais dû être à la maison à cette heure tardive, mais je n'avais pas pu m'empêcher de m'installer là, hypnotisée par le spectacle. Le timide chant des oiseaux était particulièrement apaisant en cette douce soirée. Les grillons avaient entamé leur ritournelle, me berçant par la même occasion. C'est dans ce magnifique tableau naturel que me rejoignit un garçonnet de mon âge. Il ne devait pas avoir plus de 7 ans. Il s'installa près de moi et s'appuya au tronc de l'arbre.
- Dis, qu'est ce que tu fais là, toute seule ? Tu t'es perdue ?
- Non, je regarde le ciel.
- Ah, tu admires le coucher de maman ?
- Maman ?
- Oui, tu sais, notre maman à tous !
- Comment ça ?
- Et bien, la maman sans qui tu ne serais pas là, ni moi, ni aucun des animaux et des plantes de cette terre.
- J'ai une maman mais elle n'est pas dans le ciel !
- Oui, c'est ton autre maman ! Je te parle de Maman Nature, moi !
Et il me raconta tout. J'étais émerveillée d'avoir découvert cette autre maman que j'ignorais mais qui m'avait appelée et hypnotisée alors que j'étais là, assise sous cet arbre, alors qu'elle m'enlaçait de ses bras d'herbes folles, qu'elle m'embrassait de son souffle venteux, qu'elle me parlait grâce aux animaux et qu'elle m'offrait le plus beau tableau qu'il soit. Le garçonnet me sourit.
- Tu vois les papillons, là, dans le ciel ?
- Oui, ils sont rigolos !
- Si tu veux, demain, je t'emmènerai voir les vrais papillons dans des buissons plein de fleurs ! Oh regarde, le soleil s'en va !
La nuit nous engloba dans ses longs doigts glacés. Je frissonnai. Le garçonnet m'offrit sa veste.
- Tu as froid ? Je te raccompagne chez toi si tu veux !
J'acquiesçai en souriant. Nous nous levâmes et le garçonnet me pris la main tout en continuant de me conter les histoires de la nature. De cette rencontre a débouché une belle amitié. Aujourd'hui, je suis mariée avec cet enfant apparu de nulle part et qui me fit découvrir son univers magique avec ses mots d'enfants, ce monde si souvent invisible par les humains trop pressés : la Nature.


[ Il s'agit bien entendu d'une fiction ! ^^ Je ne suis en aucun cas mariée :p ]

Mardi 27 janvier 2009 à 9:43

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La Fille des Fleurs venait du pays du soleil levant. Elle n'avait jamais rien connu d'autre et n'avait jamais voulu connaitre autre chose. C'était son pays, que voulez vous ! Elle y a vécu de sa naissance jusqu'à sa mort, en parfaite sérénité ... Elle s'appelait Sakurabana ... Fleur de Cerisier ... Ca, elle les aimait les fleurs de cerisier ... Ces fleurs préférées ... Le prénom lui allait si bien !
Sakurabana comprenait le langage de la nature ... Elle avait la faculté de mettre en mots ses sentiments  ... Son arbre de prédilection était, bien entendu, le cerisier qu'elle pouvait passer des heures à observer ... Voir toutes ces pétales s'envoler réveillait en elle la tristesse des jours heureux disparus et un sentiment de joie extrême devant le magnifique tableau qui s'offrait à elle. Alors elle pleurait, mais elle ne savait pas si c'était de joie ou de peine ...

Un jour, la Fille des Fleurs fit un rêve étrange ... Le cerisier était devant ses yeux, magnifique dans son habit rose qui s'envolait au gré du vent. Mais un orage menaçait. Les lourds nuages noirs s'accumulaient au dessus de la montagne, lançant des éclairs fourchus tout autour d'elle. Le tonnerre grondait, puissant et terrifiant. Puis venaient les corbeaux, oiseaux de mauvaise augure. Ils l'observaient de leurs yeux perçants. Alors qu'il allaient fondre sur Sakurabana, la foudre tomba sur le cerisier, qui, sous la puissance de la décharge, se consuma instantanément. Les corbeaux s'envolèrent alors, effrayés. Le vent souffla, et dispersa les nuages noirs. Un rayon de soleil apparut et éclaira le squelette carbonisé de l'arbre. Sous cet effet, des feuilles poussèrent lentement puis des fleurs magnifiques et roses. Sous les yeux émerveillés de Sakurabana, les fleurs devinrent or, reflétant chaque rayon de soleil. Un second coup de vent arracha une partie des pétales qui s'envolèrent en une pluie dorée vers le ciel. Puis la Fille des Fleurs se réveilla.

Ce n'était pas la première fois que Sakurabana rêvait de fleurs. On ne l'appelait pas la Fille des Fleurs pour rien. Mais d'habitude, ses rêves n'étaient que positif, elle ne voyait jamais d'orage ou de corbeau. Cet aspect l'effraya car elle savait que ses rêves avaient une signification. La nature lui avait parlé. Que penser de ceci ? Qui cela devait il toucher ? Elle l'ignorait. Il n'y avait qu'une chose qui pourrait l'aider à y voir plus clair : le cerisier. Elle grimpa alors la colline et s'installa sous son arbre. Les pétales tombaient doucement sur elle comme si l'arbre pleurait. Il n'y avait pas un souffle de vent et le soleil éclairait complètement le ciel. Une journée parfaite. Sakurabana ferma les yeux. Que ces pétales étaient douces lorsqu'elles tombaient sur son visage. Que l'air était chaud !

Un léger souffle frais caressa la main de la Fille des Fleurs. Elle ouvrit les yeux. Une magnifique femme lui tenait la main et la regardait en souriant. Son visage exprimait une sérénité infinie et son sourire illuminait plus que le soleil lui même. Ses longs cheveux bruns flottaient sur son kimono vert aux motifs à fleurs rose. La femme n'avait pas besoin de dire ce qu'elle voulait, Sakurabana le sentait. Elle se leva. La divine créature se retourna et fit quelques pas. Sakurabana sourit en s'apercevant que le noeud de l'obi de la jeune femme formait une fleur parfaite. Un léger vent se leva lorsque la femme se retourna. Dans son souffle, elle tendit les bras vers la Fille des Fleurs, ses cheveux caressant son kimono. Les fleurs du cerisier s'envolèrent et tourbillonnèrent autour d'elle. Sakurabana prit les mains de la jeune femme puis toutes deux avancèrent à travers le jardin. A chacun de leurs pas, la nature prenait des couleurs plus nettes et flamboyantes. D'autres pétales vinrent s'enrouler autour des deux femmes. Mais celles ci n'était plus roses, elles étaient d'or. Un or pur et étincelant. Elle se retourna. Le cerisier était plus magnifique que jamais, ses pétales d'or volant vers le ciel. C'est alors que Sakurabana comprit. Elle se retourna vers la femme qui la regardait chaleureusement et lui sourit. " Allons y " dit elle. La créature lui rendit son sourire.

C'est sous un majestueux coucher de soleil que l'on découvrit Sakurabana, allongée sous son cerisier. Elle s'était endormi pour toujours. Sur son visage, un merveilleux sourire s'étendait. On aurait pu croire qu'elle rêvait. Sa main serrait des fleurs de cerisier, du plus beau rose que l'on avait jamais vu. Lorsqu'on ouvrit sa main, des millards de pétales s'envolèrent vers le ciel en tourbillonnant. Elles montraient le chemin. Ce chemin que tout le monde finit par prendre et qui est pavé de pétales dorées.


Eirenya

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